"L'IA ne remplacera jamais l'humain dans l'authentification"

ENTRETIEN avec Sophie Hersan, cofondatrice de Vestiaire Collective. Ou l’occasion d’en savoir davantage sur l’avenir du marché de la seconde main, sur la manière dont celui-ci est devenu un terreau fertile pour les nouvelles tendances, et de parler engagement et écologie.

Depuis le Centre européen d'authentification de Vestiaire Collective, dans le nord de la France, Sophie Hersan revient sur seize années d'aventure entrepreneuriale. Entre lutte contre la contrefaçon, partenariats avec les maisons de luxe et tournant de l'IA, la cofondatrice nous dévoile les coulisses d'une success story qui transforme notre façon de consommer la mode.

Culture Elite : Sophie, où sommes-nous exactement ?

Sophie Hersan : Nous sommes dans le Centre européen d'authentification et de contrôle qualité de Vestiaire Collective, dans le nord de la France. C'est ici que transitent tous les articles avant d'arriver chez nos clients.

La contrefaçon est un vrai sujet dans le luxe d'occasion. Comment luttez-vous contre ce fléau ?

Nous avons mis en place une protection à 360°. Cela commence par le monitoring de tous les profils dès l'inscription au vestiaire. Ensuite, il y a l'authentification digitale : chaque article est examiné avant d'être mis en ligne. Puis vient l'authentification physique et le contrôle qualité. C'est un processus un peu contraignant, mais qui nous assure une sécurité totale quand tu viens sur la plateforme !

Quel est aujourd'hui votre taux d'erreur sur l'authentification ?

Il est tellement infime. Le 100% n'existe pas - il y a une partie humaine derrière. Mais c'est aussi ce que l'on aime chez Vestiaire Collective, on investit sur l'humain. On mélange technologie et expertise humaine. L'erreur est possible, l'important c'est de la reconnaître. S'il y a un doute sur un article, on le contrôle évidemment et l'acheteur sera remboursé si nous avons fait une erreur. Mais elle est quasi insignifiante dans le nombre de produits authentifiés.

L'erreur est possible, l'important c'est de la reconnaître”

Justement, l'IA rend-elle la contrefaçon plus compliquée à détecter, notamment avec les photos qui peuvent être retouchées ?

Nous, on n'a pas peur de l'IA, au contraire. Elle nous aide à mesurer le risque dès le départ. Une photo générée par l'IA, nous la détectons et elle n'est pas acceptée sur la plateforme. Il faut des articles photographiés par un particulier. Donc l'IA nous aide plutôt à gagner du temps qu'à nous générer des problèmes de contrefaçon.

Pensez-vous que l'IA puisse un jour remplacer vos experts humains ?

Non. Je pense qu'aujourd'hui, l'IA ne peut pas remplacer l'humain. Par exemple, pour une pièce vintage, l'IA ne nous aiderait pas alors qu'il faut un savoir-faire, il faut savoir dater, il faut avoir les produits entre les mains. Je pense que ça sera toujours un complément.

Et dans le futur ?

Dans quelques années, il y aura le Digital Product Passport (note de la rédaction : un carnet de santé numérique pour chaque produit qui informe notamment de sa composition). Les marques doivent s'équiper de cette technologie et comme on a de bonnes relations avec elles, on aura certainement des partages de technologie.

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Par Culture Élite

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