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Lundi 26 janvier 2026

VALENTINO GARAVANI (1932-2026) : La mode perd son dernier empereur

Le monde de la mode est en deuil. Valentino Garavani s'est éteint le 19 janvier à Rome, à l'âge de 93 ans, entouré de ses proches. Une disparition qui referme un chapitre majeur de l'histoire de la couture, et soulève une question essentielle : que reste-t-il des couturiers-bâtisseurs à l'ère des directeurs artistiques nomades ?

L'architecte d'un empire

Né à Voghera en 1932, prénommé en hommage à Rudolph Valentino, le jeune Garavani quitte l'Italie à 17 ans pour Paris. Il se forme aux Beaux-Arts, puis à la Chambre syndicale de la couture, avant d'intégrer les maisons Jean Dessès et Guy Laroche. C'est là qu'il absorbe la rigueur française qu'il fusionnera plus tard avec l'artisanat italien.

En 1960, contre l'avis de tous, il rentre à Rome pour fonder sa Maison. « Quand il a décidé de retourner à Rome, je lui ai dit qu'il était fou de quitter la mecque de la mode », confiait la styliste Jacqueline de Ribes. Rome n'était alors rien face à Paris. Valentino en fera une capitale de la couture.

Le tandem fondateur

Son histoire ne peut être racontée sans Giancarlo Giammetti. Leur rencontre en juillet 1960, Via Veneto, relève de la mythologie du luxe. Pendant plus de 65 ans, Giammetti sera l'architecte business de l'empire : celui qui transforme la vision créative en entreprise internationale. Dans le documentaire « Valentino, le dernier empereur », il confiait avec lucidité : « Être l'ami, l'amant et l'employé de Valentino depuis plus de 45 ans exige beaucoup de patience. »

Ce modèle du tandem création-exécution, souvent revendiqué dans le luxe, a rarement été aussi central et durable.

La consécration mondiale

1962 : le Palazzo Pitti le propulse au rang d'icône. 1964 : sa rencontre avec Jackie Kennedy change tout. Il lui refait sa garde-robe. Elle choisit l'une de ses créations, une robe ivoire rehaussée de dentelle tirée de sa « Collection blanche », pour épouser Aristote Onassis en 1968. Valentino devient le couturier du gotha mondial.

Elizabeth Taylor, Audrey Hepburn, Sophia Loren, puis Sharon Stone, Julia Roberts, Gwyneth Paltrow : toutes ont trouvé chez lui la même promesse, une féminité sculptée, sensuelle et souveraine. En 1970, il devient le premier couturier italien à ouvrir une boutique à New York.

Une philosophie du luxe

Son credo tenait en une phrase : « Une femme doit faire tourner les têtes quand elle entre dans une pièce. » Ses créations, cousues entièrement à la main dans des matières nobles, épousaient la silhouette avec des points d'ancrage aux épaules et à la taille. Son rouge, le Valentino Red, est devenu signature internationale.

« J'ai cette maladie depuis que je suis petit, je n'aime que les belles choses », confiait-il au magazine Elle. Cette obsession de la beauté a façonné une esthétique cohérente pendant un demi-siècle, sans jamais courir après les tendances.

L'héritage

En juillet 2007, Rome devient théâtre pour célébrer ses 45 ans de carrière : défilé, dîner au Temple de Vénus, exposition à l'Ara Pacis, bal à la Villa Borghese. Quelques mois plus tard, Permira rachète l'entreprise. En janvier 2008, Valentino prend sa retraite.

La Maison poursuit son chemin sous différentes directions créatives, Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccioli, puis Piccioli seul, et depuis mars 2024, Alessandro Michele. Le fonds qatari Mayhoola détient la marque depuis 2012.

Valentino et Giammetti se sont recentrés sur leur Fondation, inaugurant en mai 2025 le PM23, un palais romain transformé en espace culturel avec l'exposition « Horizons | Rouge », 50 robes rouges en dialogue avec des œuvres d'art.

Bernard Arnault a salué « le créateur d'une mode raffinée, rayonnante, fastueuse, qu'il a indissolublement mariée avec le cinéma ». Carlo Capasa, président de la Chambre de la mode italienne : « Son esthétique, cohérente et rigoureuse, a contribué de manière décisive à la reconnaissance de la mode italienne dans le monde. »

Ses funérailles ont eu lieu le 24 janvier à la Basilique Sainte-Marie-des-Anges-et-des-Martyrs, à Rome. Alessandro Michele, actuel directeur artistique de la Maison, était présent aux côtés de Giancarlo Giammetti.

Avec Valentino disparaît l'un des derniers couturiers totaux, dont le nom incarnait à lui seul une vision du monde, un art de vivre, une certaine idée du luxe.

Sources : Ansa, Fondation Valentino Garavani, AFP


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