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Lundi 19 Janvier 2026

Saks Global en faillite : fin de partie pour le wholesale de luxe américain ?

Le 14 janvier 2026, Saks Global a déposé le bilan. Le groupe propriétaire de Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus et Bergdorf Goodman succombe sous 5 milliards de dollars de dette. L'acquisition de Neiman Marcus fin 2024 pour 2,7 milliards devait créer un champion du luxe américain, elle a précipité l'effondrement. Après une hémorragie financière fin 2025 (perte trimestrielle de 288 millions, CA en chute de 13 %), un défaut de paiement de 100 millions de dollars le 30 décembre a déclenché la chute finale.

Les maisons de luxe sont directement exposées : Chanel est le premier créancier (136 millions de dollars), suivi de Kering (60 millions) et LVMH (26 millions). Un financement de 1,75 milliard maintient les 70 magasins ouverts. Mais personne ne parie sur la suite.

Pourquoi c'est un tournant structurel ?

Cette faillite dépasse le cas Saks. Elle cristallise trois mutations profondes du marché du luxe :

1. La fin de la dépendance au wholesale

Pendant des décennies, les grands magasins américains ont été la porte d'entrée du luxe européen sur le marché US. Ce temps est révolu. Sur un marché estimé à 101 milliards d'euros en 2025 (Bain & Company), les maisons ne peuvent plus confier leur distribution à des intermédiaires fragiles.

La réponse est déjà en marche : Boucheron a ouvert à Los Angeles en juin 2025, Bulgari et Dior sur Rodeo Drive en novembre, Bottega Veneta à New York en décembre. Ce n'est pas de l'expansion — c'est une reprise de contrôle.

2. La polarisation du marché

Selon Bain-Altagamma, la base de clients du luxe mondial est passée de 400 millions (2022) à 340 millions (2025). Les hausses de prix ont exclu les acheteurs aspirationnels, créant un « vide » dans le segment mid-luxury que des marques américaines exploitent : Coach (+10 % en 2025), Ralph Lauren (+8 %), Tapestry proche des 7 milliards de revenus.

Le prochain champ de bataille sera là : entre le luxe inaccessible et le mass market, un territoire stratégique se dessine pour les acteurs capables de conjuguer désirabilité et prix relatif.

3. Une transition, pas une extinction

Faut-il pour autant enterrer le modèle des grands magasins ? Pas si vite. Harrods, Selfridges ou les Galeries Lafayette Champs-Élysées démontrent qu'un autre chemin existe : celui de l'expérience de marque immersive, du flagship culturel, de l'hospitalité intégrée.

Ce qui meurt, c'est le grand magasin comme simple intermédiaire commercial. Ce qui peut survivre, c'est le grand magasin comme destination. À condition de se réinventer en plateforme d'expériences plutôt qu'en distributeur multimarques.

Ce que les maisons vont devoir repenser

La faillite de Saks accélère une reconfiguration stratégique majeure pour les groupes européens aux États-Unis :

LVMH, Kering, Richemont vont probablement accélérer vers un modèle intégré combinant :

  • Réseau retail en propre (boutiques, flagship, corners premium)

  • E-commerce DTC avec expérience client augmentée

  • Activations événementielles et pop-ups pour générer du trafic qualifié

Ce triptyque « maison + digital + expérientiel » devient le nouveau standard de distribution, en remplacement du schéma wholesale traditionnel.

Les marques américaines mid-luxury (Coach, Tory Burch, Kate Spade) sont les grandes gagnantes de cette recomposition. Elles captent la clientèle aspirationnelle délaissée par le luxe européen et disposent déjà d'un réseau retail intégré sur leur marché domestique.

Les grands magasins survivants devront se transformer en curateurs d'expériences plutôt qu'en distributeurs de produits. Leur valeur ajoutée ne sera plus le stock, mais le storytelling, l'événementiel, la capacité à créer du désir.

Le mot de la fin

La faillite de Saks Global ne signe pas la mort du retail physique de luxe. Elle acte la fin d'un modèle de distribution passif où les maisons européennes confiaient leur destin américain à des intermédiaires. L'avenir appartient à ceux qui contrôleront leur relation client de bout en bout, et sauront transformer chaque point de contact en expérience de marque.

Le grand magasin n'est pas condamné. Il doit simplement cesser d'être un magasin.

(Sources : AFP, Reuters, Bain & Company, Carnets du Luxe)


Arabie Saoudite : comment le Royaume utilise le luxe pour réécrire son image

L'annonce le 11 janvier de deux projets immobiliers Trump à Riyad et Djeddah pour 10 milliards de dollars n'est que la dernière manifestation d'une stratégie bien plus vaste. Depuis plusieurs années, l'Arabie Saoudite investit massivement dans le luxe : hôtellerie, mode, sport, événementiel, pour transformer son image internationale. Décryptage d'une opération de soft power à grande échelle.

Le luxe au cœur de Vision 2030

La stratégie de diversification portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) ne vise pas seulement à réduire la dépendance au pétrole. Elle ambitionne de repositionner le Royaume sur la carte mondiale du lifestyle et du prestige.

Les signaux se multiplient :

  • Hôtellerie de palace : Aman, Rosewood, Six Senses, Raffles et bientôt Trump s'installent à Diriyah, le « gigaprojet » de 63 milliards de dollars qui transforme ce site historique en destination touristique mondiale

  • Mode et événementiel : Riyad accueille désormais des défilés, des pop-ups de maisons européennes et développe son propre écosystème fashion

  • Sport premium : Formule 1 à Djeddah, golf LIV financé par le PIF, boxe de prestige, acquisition de Newcastle United, sponsoring de clubs européens majeurs

  • Art et culture : développement de musées, festivals, résidences d'artistes dans le cadre des projets NEOM et Red Sea

Le message est cohérent : l'Arabie Saoudite ne veut plus être perçue comme un producteur d'hydrocarbures, mais comme un acteur du luxe et du lifestyle global.

Le cas Trump : un modèle de branding pur

Les projets Trump en Arabie Saoudite illustrent parfaitement cette dynamique. À Diriyah : un golf 18 trous, un hôtel et 500 villas entre 6,7 et 24 millions de dollars. À Djeddah : le Trump Plaza, évalué à 1 milliard.

Ce qui est intéressant, c'est le modèle économique. La Trump Organization n'investit pas d'argent. Elle apporte sa marque, conçoit les établissements et les gère sur 30 ans. Dar Global, le promoteur saoudien, assume l'intégralité du développement.

C'est du branding sans risque : revenus récurrents, aucune immobilisation de capital, extraction de valeur par la seule force du nom. Un cas d'école sur la puissance d'une marque comme actif stratégique, indépendamment de ce qu'on pense de la marque en question.

Pour l'Arabie Saoudite, attirer le nom Trump, c'est capter une clientèle pour qui cette marque incarne un certain idéal de réussite et d'opulence assumée. Le Royaume ne cherche pas le consensus occidental, il cible une clientèle mondiale décomplexée.

Ce que ça révèle : le luxe comme outil de légitimation

L'Arabie Saoudite n'est pas un cas isolé. Qatar, Émirats, et dans une moindre mesure Chine et Inde, utilisent le luxe comme vecteur de repositionnement international.

Le mécanisme est toujours le même :

  1. Attirer des marques prestigieuses pour bénéficier de leur capital symbolique

  2. Organiser des événements premium (fashion weeks, compétitions sportives, salons d'art) pour générer une couverture médiatique positive

  3. Développer des destinations qui deviennent des vitrines de modernité

Le luxe joue ici un rôle que la diplomatie traditionnelle ne peut pas remplir : il normalise. S'associer à des maisons européennes centenaires, accueillir des défilés Dior ou des courses de F1, c'est entrer dans le club des nations « fréquentables » quelles que soient les controverses passées.

Pour les marques de luxe, c'est une opportunité commerciale considérable. Le Moyen-Orient affiche des taux de croissance solides, une clientèle à fort pouvoir d'achat et une appétence pour le luxe ostentatoire. Difficile de passer à côté.

Le dilemme stratégique pour les maisons européennes

Cette dynamique pose une question que chaque maison doit trancher : jusqu'où aller ?

S'implanter dans le Golfe, c'est accéder à des marchés en croissance et à une clientèle fortunée. Mais c'est aussi, parfois, devenir un élément du récit de régimes dont les pratiques restent contestées en Occident.

Certaines maisons assument pleinement : LVMH est partenaire majeur de la F1 (dont Djeddah), Armani et Bulgari développent des projets hôteliers dans la région, les fashion weeks locales attirent de plus en plus de créateurs.

D'autres restent plus prudentes, conscientes que leur clientèle occidentale, notamment les jeunes générations est sensible aux questions éthiques et environnementales.

Il n'y a pas de réponse universelle. Mais il y a une certitude : le luxe est devenu un enjeu géopolitique. Les maisons ne peuvent plus prétendre évoluer dans une bulle esthétique déconnectée du monde. Leurs choix d'implantation sont scrutés, commentés, parfois critiqués.

Le mot de la fin

L'Arabie Saoudite utilise le luxe comme d'autres utilisent la diplomatie ou le sport : pour réécrire son image, attirer les élites mondiales et s'imposer comme une destination incontournable.

Pour l'industrie du luxe, c'est à la fois une opportunité de croissance et un terrain miné. Car si le luxe peut ouvrir toutes les portes, il engage aussi, qu'on le veuille ou non, la réputation de ceux qui y entrent.

(Sources : Reuters, Semafor, New York Times, Bain & Company)


Dans un monde où les canaux de distribution se recomposent, la visibilité maîtrisée devient un actif stratégique.

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Vacheron Constantin lance le premier Concours d'Élégance horlogère

À l'initiative de Phillips in Association with Bacs & Russo, la Maison genevoise crée un événement inédit dédié à ses montres de collection produites entre 1755 et 1999. Inscriptions du 19 janvier au 30 avril 2026, sept prix remis à Genève le 10 novembre par un jury co-présidé par Aurel Bacs et Christian Selmoni. Une célébration patrimoniale qui place les collectionneurs au cœur de l'histoire.


Louis Vuitton célèbre 10 ans d'engagement avec l'UNICEF

Depuis 2016, le partenariat a permis de collecter plus de 28 millions de dollars au profit des droits de l'enfant. Pour cet anniversaire, la Maison dévoile une édition limitée du Silver Lockit en or jaune 18 carats : 800 dollars reversés à l'UNICEF pour chaque pièce vendue. De nouvelles déclinaisons suivront en avril.


Chanel transforme Rouge Noir en collection beauté

La teinte culte des années 1990 devient une ligne complète en édition limitée : rouge à lèvres, mascara, baume, stylo yeux, palette yeux & joues et pinceaux, tous habillés d'un packaging laqué signature. Conçue avec la makeup artist Ammy Drammeh (Comètes Collective), cette collection illustre la tendance du luxe beauté à transformer un code historique en territoire créatif complet.


L'Oréal investit jusqu'à 30 millions de dollars dans un hub new-yorkais

Le groupe français inaugure un nouvel espace stratégique au 20 Hudson Yards, combinant studios de production de contenus, L'Oréal Academy pour la formation des professionnels et centre technique de tests produits. Une infrastructure pensée pour rapprocher création, technologie et marketing sur le marché américain.


Franck Muller et S.T. Dupont dévoilent le Master Lighter

Premier briquet à complications horlogères au monde, fruit de plus de deux ans de développement. Mouvement squelette Swiss Made avec réserve de marche de trois jours, axe des aiguilles traversant le réservoir de gaz, boîtier palladié à motif Clous de Paris. Proposé entre 56 400 et 65 300 dollars, en série ultra-limitée de 88 pièces par couleur (quatre versions).


Jacquemus défilera au Musée Picasso le 25 janvier

Simon Porte Jacquemus clôturera la Fashion Week masculine parisienne dans l'Hôtel Salé, un retour symbolique après son défilé La Bomba en 2017. Ce choix confirme le dialogue constant de la marque avec les institutions culturelles, de Versailles à la Fondation Maeght.


+14 %

C'est la croissance des ventes de joaillerie chez Richemont au troisième trimestre (octobre-décembre 2025), portée par Cartier et Van Cleef & Arpels. Dans un marché du luxe encore hésitant, la joaillerie confirme son statut de valeur refuge — et de moteur de rentabilité.

Source : Richemont, résultats T3 – 15 janvier 2026


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Paris Fashion Week — Mode Masculine & Haute Couture

Du 20 au 25 janvier : les défilés Mode Masculine Automne/Hiver 2026-2027

Du 26 au 29 janvier : la Semaine de la Haute Couture Printemps/Été 2026

Dix joursParis redevient l'épicentre mondial de la mode. Dior Homme, Louis Vuitton, Hermès côté masculin ; Chanel, Dior, Schiaparelli côté couture. Pour ceux qui ne sont pas invités : le défilé caritatif Stéphane Rolland au Cirque d'Hiver (27 janvier, billets de 20 à 50 €, au profit de la Fondation des Hôpitaux) offre une rare occasion d'assister à un show Haute Couture.

Calendrier officiel : fhcm.paris


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Par Culture Élite

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